Mission d’information en Guyane

LES DÉPLACEMENTS DE LA MISSION
COMMUNE D’INFORMATION OUTRE MER

• Déplacement en Guyane du 18 au 21 mai 2009
Dimanche 17 mai
Lundi 18 mai
Mardi 19 mai
Mercredi 20 mai
Jeudi 21 mai

• Dimanche 17 mai 2009 : Visite du Sud de la Martinique et départ en Guyane
o 17h30 – Décollage de Fort-de-France
o 20h30 (heure locale : 1 heure de plus qu’aux Antilles) – Arrivée à Cayenne
o 21h00 – Dîner à l’invitation de M. Daniel Ferey, préfet de la Guyane (Résidence préfectorale, Cayenne)


• Lundi 18 mai 2009 – De Cayenne à Kourou
o 8h30 : Rencontre avec plusieurs élus du conseil régional (Mme Marie-José Lalsie, vice-présidente, M. Bernard Loe-Mi, vice-président, Mmes Magali Robo-Cassilde et Murielle Icaré, conseillères régionales, MM. Serge Félix et Rémie-Louis Budoc, conseillers régionaux) et des responsables des services techniques – Hôtel de région, Cayenne
Mme Marie-José Lalsie, troisième vice-présidente du conseil régional, a tout d’abord excusé M. Antoine Karam, président du conseil régional, en déplacement à Paris. Puis elle a souligné quelques spécificités guyanaises (insuffisance des structures routières et priorité au fleuve et à l’avion pour les déplacements ; forte croissance démographique de 3,8 % par an ; déficit de moyens en matière d’éducation, de santé et de ressources énergétiques et, globalement, l’ampleur des problèmes qui se posent, à mettre en rapport avec l’immensité guyanaise, qui induit une « course-poursuite » à la recherche des solutions), a présenté le centre spatial comme une vitrine de la Guyane , assurant sa visibilité sans cependant induire de retombées en proportion, et a rappelé que la Guyane constituait un « poumon » de la République avant de laisser la parole aux élus présents et aux responsables des services techniques.

Différents éléments ont été évoqués, notamment les points suivants :
o En matière de coopération régionale, enjeu essentiel pour la Guyane , les initiatives sont multiples (conseil régional, conseil général, chambres consulaires, entreprises, associations…) et il manque un véritable coordinateur, la direction régionale du commerce extérieur ne jouant pas son rôle, ce qui grève le dynamisme des acteurs en dépit de leur ferme volonté. Les relations extérieures de la Guyane sont engoncées dans la seule logique européenne alors qu’il faudrait développer celles-ci avec les régions du Suriname et les Etats fédérés du Brésil ;


• La jeunesse est à la fois un atout (60 % de la population guyanaise a moins de 25 ans et 30 % moins de 18 ans ; 52 % des habitants sont nés en dehors de la Guyane et 47 % de la population y habite depuis moins de 10 ans) mais aussi un handicap, compte tenu de la difficulté du tissu économique à intégrer les jeunes. La jeunesse constitue donc aujourd’hui une véritable poudrière pour les années à venir : il faut ramener les jeunes « dans le circuit » par le développement de la formation, du tissu économique et de la mobilité et accomplir un travail sur les valeurs et la question identitaire ;
• La surface agricole utilisable (SAU) représente 0,3 % de la superficie du département. Le secteur agricole couvre moins de 20 % des besoins de la population. Un enjeu essentiel est donc d’augmenter substantiellement la surface agricole utile : le fait que 90 % du foncier appartienne à l’Etat représente dans ce cadre un frein important à la création de nouvelles exploitations. Par ailleurs l’attitude des banques qui refusent d’accompagner les agriculteurs désireux de s’installer pèse également et s’ajoute au problème du foncier et au coût du déboisement pour freiner la création et la mise en valeur des exploitations ;
• Certaines spécificités guyanaises pèsent sur les finances du conseil régional : ainsi la situation démographique conduit à ce que quatre lycées devraient être livrés dans les prochains mois. Par ailleurs, plus généralement, les collectivités territoriales n’ont pas toujours les moyens de remplir leurs missions de service public : la deuxième étape de la décentralisation a encore compliqué la situation ; ainsi le transfert des TOS a été accompagné d’un transfert de ressources basé sur des effectifs sous-dimensionnés par rapport aux besoins. La compensation du transfert s’est faite sur la base d’un TOS pour 97 élèves en Guyane au lieu de un pour 47 en métropole. En outre, 75 % des effectifs TOS sont aujourd’hui des contractuels ;
• En matière de continuité territoriale, la priorité est aujourd’hui de désenclaver la Guyane de l’intérieur. Les élus souhaitent que la dotation de continuité territoriale, qui s’élève à 1,9 million d’euros, soit 7,6 € par habitant, soit réorientée vers ce désenclavement et sont en attente d’une réponse de l’Etat sur ce sujet ; L’approvisionnement en matière de carburant dans la zone géographique proche de la Guyane permettrait de faire baisser le prix du carburant d’une quinzaine de centimes d’euros par litre. D’ici la mise aux normes européennes dans cette zone, en 2013, une dérogation provisoire en matière de respect des normes environnementales est nécessaire ;
• Les préoccupations environnementales doivent mieux se combiner avec la nécessité de valoriser les ressources naturelles, notamment l’activité aurifère. La région apporte son soutien à la promotion des énergies renouvelables et à la gestion des espaces protégés ;
• S’agissant de l’évolution statutaire, les élus guyanais ont affirmé à deux reprises, le 20 juin et le 19 décembre 2008, leur souhait de voir la Guyane être régie par l’article 74 de la Constitution. Une commission ad hoc réunit chaque jeudi les élus régionaux, départementaux et municipaux et des débats publics sont organisés afin de recueillir les souhaits de la population ; 16 municipalités ont également été rencontrées de même que des délégations de Saint-Martin, de la Nouvelle-Calédonie et des autres régions ultrapériphériques ;
• La situation en matière d’accès aux services publics reste très difficile : 30 à 40 % de la population n’a pas accès à l’eau ou à l’électricité.
Contrairement à d’autres DOM, la Guyane consomme les crédits européens qui lui sont alloués et demande le bénéfice de la réserve de performance.
Concernant l’octroi de mer et les évolutions réclamées en matière d’exonérations de produits, le conseil régional prépare un déplacement de techniciens à Bruxelles qui seront suivis d’une délégation d’élus en vue de l’échéance de 2014.
• 9h00 – Rencontre avec Mme Laure Larisse, directrice générale de la Caisse générale de sécurité sociale, Mme Josie Chazoule, directrice-adjointe de la Caisse d’allocations familiales et M. Annicet LOEMBE , directeur régional du pôle Emploi


Mme Laure Larisse, directrice générale de la Caisse générale de sécurité sociale, a qualifié de « globalement critique » la situation des collectivités territoriales au regard des organismes sociaux et a précisé que seuls 40 % des comptes qu’elle gère son exempts de dettes. Ces dettes, qui portent tant sur les parts salariales que patronales, concernent aussi bien les communes que l’Etat (pour ses contractuels de droit privé). Pour l’Etat, selon le trésorier-payeur général, c’est la conséquence de retards dans le versement de certaines subventions. Pour les communes, la situation s’améliore, à l’exemple de Cayenne, et Mme Larisse s’est engagée à transmettre un dossier complet sur cette question à la mission.
Mme Josie Chazoule, directrice adjointe de la Caisse d’allocations familiales, a rappelé que la CAF ne gérait pas les prestations des agents des collectivités territoriales (cette gestion relève directement de la compétences de ces collectivités), ce qui est d’ailleurs une source de fraude, en raison d’un risque de double paiement, à la fois par les CAF et les collectivités territoriales. La CAF ne lie pas le versement de ses prestations au paiement des cotisations qui est effectué auprès de la CGSS. Le rapprochement ne s’opère qu’au niveau central par l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale (ACOSS).
La CAF compte 39 459 bénéficiaires dont 11 500 allocataires du revenu minimum d’insertion (RMI ), 4 200 de l’aide à la personne individualisée (API) et 12 000 de l’aide personnalisée au logement (APL). 60 % des bénéficiaires vivent exclusivement des prestations sociales et, parmi ces derniers, 40 % sont d’origine étrangère. Le nombre de bénéficiaires du RMI est en légère baisse sans qu’on sache si celle-ci tient aux pesanteurs du renouvellement des titres de séjour ou à une politique plus restrictive de la part du conseil général.
La CGSS constate un retard chronique de paiement de la part des entreprises en raison de leur petite taille et du manque de structures d’accompagnement. Consciente de leur fragilité, la caisse engage des procédures amiables plutôt que contentieuses à leur égard, étant rappelé que la Guyane enregistre près de 1000 dépôts de bilan par an pour 4 000 entreprises immatriculées.
M Annicet LOEMBE, directeur régional du pôle Emploi, a précisé que ses services recouvraient les cotisations d’assurance chômage dont sont redevables les collectivités territoriales et l’Etat au titre de ses agents contractuels (compétence que le pôle Emploi doit exercer jusqu’en 2011) ainsi que celles des 3 500 entreprises guyanaises. Les restes à recouvrer s’élevaient à 11 millions d’euros en 2008, soit 19 % du total des cotisations, sept entreprises cumulant à elles seules près de 300 000 € de dettes. Les collectivités travaillent également avec le Pôle Emploi sur la question des formations mais leur situation financière obère leur capacité de réponse aux besoins, peu d’actions pouvant être menées en dépit des structures existantes.
Il a également rappelé une série de chiffres publiée dans l’étude « Guyane, terre de contrastes » réalisée par le Pôle Emploi fin 2008 :
• 30 à 40 % de la population n’est pas francophone, ce qui soulève des problèmes d’intégration et d’enseignement de la langue française;
• plus de 50 % des actifs n’ont aucun diplôme;
• les besoins prévisionnels des entreprises en termes d’emploi pour 2009 étaient estimés à 2 450 postes, soit une hausse de 7 % par rapport à 2008 dont 47 % dans les services, 25 % dans le commerce,10 % dans l’industrie et 4% dans l’agriculture;
• le chômage a augmenté de près de 12 % en un an, soit un total de 13 900 personnes sans emploi et un taux moyen de 22 %;
• 25 % des guyanais vivent en-deçà du seuil de pauvreté;
• le PIB par habitant a perdu presque 20 points en 40 ans;
• 2 salariés sur 5 travaillent dans le privé ;
• 30 % de la population est immigrée
• 9 % des actifs déclarent travailler dans l’économie informelle, soit 4 000 personnes ;
Enfin, il a souligné la faiblesse des infrastructures de transport, l’absence de système de transport en commun et le taux limité d’équipement automobile des ménages (39%).
• 10h45 – rencontre avec MM. Jean-Pierre Derancourt, directeur de l’Institut d’émission des départements d’outre-mer (IEDOM) de Guyane, Robert Satgé, représentant de l’Agence française de développement (AFD) en Guyane et Antoine Garcia, directeur général de BNP Paribas en Guyane, représentant la Fédération bancaire française (FBF) (Centre de gestion de la fonction publique territoriale de la Guyane , Cayenne)

Le directeur de l’IEDOM a rappelé les spécificités de l’économie guyanaise :
• peu d’effets de la crise internationale, du fait que l’économie est essentiellement portée par les transferts, notamment les salaires du secteur public ;
• un nombre important de très petites entreprises (seules environ 200 entreprises sur les 9 000 que compte le département ont plus de 5 salariés) avec un taux de création et un taux de mortalité importants ;
• la prédominance du secteur BTP.
• Il a ensuite insisté sur l’importance des potentialités de développement, nombreuses, en particulier l’activité aurifère, entravée par la réglementation protectrice de l’environnement.
• Concernant la médiation du crédit, il a fait état d’un faible nombre de dossiers et jugé que « lorsque le projet est bon, il trouve toujours un financement ». Il a toutefois reconnu que les banques restaient réticentes à prêter aux exploitations agricoles, traditionnellement très vulnérables et dont la perception des profits est forcément différé par rapport au démarrage de l’activité. La mise en place prochaine d’une plate-forme, en coordination avec la Caisse des dépôts et consignations, devrait faciliter le financement des opérations immobilières, notamment pour apporter une aide dans le choix du bon mode de financement.
Même si l’amélioration de la situation de l’emploi semble arrêtée depuis la fin de l’année 2008, il a estimé que la situation économique globale était bonne, portée notamment par un fort taux de croissance démographique et par l’importance des projets publics et privés dans le secteur du BTP.


Le représentant de l’AFD a rappelé les différentes actions de soutien à l’économie dans lesquelles elle est impliquée :
• une participation au plan de relance avec les aides au financement de la commande publique, en partenariat avec Oséo ;
• le portage du système de garantie des prêts ;
• des dispositifs spécifiques d’aide à la première installation des agriculteurs.
Il a par ailleurs signalé que l’AFD travaillait à la mise en place d’un système spécifique de garantie des crédits de préfinancement des subventions européennes.
En matière de soutien aux collectivités territoriales, l’AFD met en œuvre depuis 1997 un accompagnement financier en offrant des prêts à long terme et à des conditions préférentielles, qui visent à permettre aux communes de retrouver un fonds de roulement et une capacité d’investissement. A ce jour, le montant des crédits apportés est de 44,3 millions d’euros.
Enfin, il a observé une forte diminution de l’inflation en Guyane, mais a constaté qu’il est difficile d’estimer si cela résulte directement de la diminution de 50 centimes d’euros du prix des carburants depuis le mois de décembre 2008.
Le représentant de la Fédération bancaire française a tout d’abord indiqué que la Guyane était le seul département français où des établissements de crédits déposaient le bilan, ce qui aurait été le cas de la BNP sans l’appui de la maison mère en métropole.
Il a rappelé que les banques guyanaises prêtaient de plus en plus aux acteurs économiques mais que de nombreux dossiers de demandes de crédit étaient de mauvaise qualité.
Enfin, il a souligné qu’on pouvait observer, depuis la fin du mois d’avril, les premiers effets de la crise économique.

  • 11h45 – Rencontre avec M. Jean-Pierre Roumillac, président de l’Association des maires de Guyane, accompagné de MM. Jean Ganty, maire de Rémire-Montjoly et Alain Michel, premier adjoint au maire de Saint-Elie (Centre de gestion de la fonction publique territoriale, Cayenne)
         

Après avoir souligné notamment les besoins impérieux des communes guyanaises en matière de gestion et de ressources, M. Jean-Pierre Roumillac a rappelé les différentes propositions de l’association portant sur plusieurs problématiques :

•  il appelle de ses vœux une taxation du foncier appartenant au domaine public de l’Etat, un transfert automatique aux communes du foncier détenu par l’Etat à hauteur de dix fois la surface agglomérée ou encore un assouplissement du plan de prévention des risques d’inondation ;
•  en matière d’action communale, l’association souhaite notamment devenir un centre de ressources pour les communes ;
•  en matière de fiscalité, il serait utile de revoir les modalités de calcul des taxes directes ou d’élargir les bases fiscales et de créer un observatoire fiscal ;
•  s’agissant des compétences transférées aux communes, il conviendrait de financer à hauteur de 100 % les constructions scolaires pour l’ensemble des communes de Guyane par un dispositif Etat-Union Européenne et également d’accompagner financièrement les communes pour lutter contre les difficultés liées au droit du sol ou au problème des crèches.
•  concernant le développement économique et l’aménagement du territoire, il a souhaité notamment un renforcement des dispositifs d’accompagnement et de formation en faveur de l’artisanat et de l’agriculture ;
•  en matière de compétence des acteurs publics, il a espéré la mise en place par l’association des maires d’un dispositif de formation destiné aux élus ;
•  enfin au vu de l’importance de la question du pouvoir d’achat, il a espéré que la composition des prix pourrait être clarifiée et que des outils comparatifs pourraient être mis en place notamment en matière de prix des produits.

Les autres élus ont eux aussi insisté sur les difficultés particulières des communes guyanaises, notamment en matière de transports.

  • 13h00 – Départ pour Kourou
  • 13h45 – Déjeuner au Centre spatial guyanais et visite du site de Kourou

       

La délégation s’est ensuite rendue au centre spatial guyanais de Kourou. Après un rapide déjeuner sur place, elle a visité les installations qui lui ont été présentées par M Joël Barre, directeur du Centre spatial.

Elle a commencé par la salle Jupiter, centre de contrôle où converge et est vérifié l’ensemble des données nécessaires à un lancement. Cette salle, qui comporte 250 places pour le public, a reçu la visite du président de la République en février 2008 et a accueilli en juillet dernier la réunion de tous les ministres de l’Union européenne membres de l’Agence spatiale. Le jeudi 14 mai dernier a été réussi le trentième vol consécutif d’Ariane 5 et le prochain est programmé pour le 24 juin 2009. Il s’agira du lancement du satellite de communication Terrestar le plus lourd jamais réalisé, avec un poids de 6,9 tonnes et une envergure de 34 mètres , qui doit donner à l’opérateur des services de téléphonie d’une puissance et d’une fiabilité inégalées (technologie 4 G ). Le premier lancement d’une fusée-sonde remonte au 9 avril1968 et en décembre 2009 seront célébrés les 30 ans de la fusée Ariane qui a effectué plus de 180 vols, soit une moyenne de 6 par an.

Il a rappelé les atouts du site de Kourou : sa position proche de l’Equateur qui lui permet de placer jusqu’à 3 tonnes de matériels en orbite, sa vaste façade maritime qui lui ouvre une large gamme de missions et un périmètre de sécurité étendu ( 70 000 ha ). Le site occupe 1 500 salariés en permanence, dont une trentaine qui travaille pour les sociétés partenaires. A ceux-ci s’ajoutent 4 à 500 personnes sur les chantiers nouveaux, comme celui de Soyouz ainsi que 100 à 200 personnes à chaque lancement. Il emploie 30 % de cadres et les emplois locaux représentent environ 70 % du total.

Puis M. Michel Bartholomey, directeur d’Ariane Espace, a présenté la répartition des tâches entre son établissement et le CNES ; il a fait visiter le bâtiment d’assemblage final et la zone de lancement conçue pour permettre des mises en orbite dans un intervalle de 18 jours et, enfin, l’ensemble de préparation des charges utiles (EPCU) qui permet de préparer simultanément deux satellites et qui prévoit des procédures de sécurité maximum. Le cahier de commande d’Ariane est rempli pour encore deux à trois ans mais elle subit aussi la concurrence des sites russes. Le coût d’un lancement varie de 150 millions à 1 milliard d’euros.

    

 

   

16h30 – visite de l’usine à bois Bouchy et de l’usine de production d’électricité à partir de la biomasse Voltalia (Kourou)

La mission s’est ensuite rendue sur un site regroupant une usine à bois et une usine de productio n d’électricité à partir de la biomasse.

L’usine Bouchy, créée il y a 20 ans, est une scierie qui découpe en planches des troncs d’arbre d’une longueur de 12 à 15 mètres . Les variétés de bois les plus utilisées sont l’angélique, l’amarante, le gonfolo et le bois cathédrale.

Elle produit exclusivement du bois à destination des Antilles, hormis quelques opérations exceptionnelles vers la métropole.

Elle fait partie des quatre scieries dont les productions de déchets serviront à alimenter l’usine de production d’électricité attenante, qui doit entrer en service dans deux semaines. Cette usine produira, à partir de 100 tonnes de déchets de bois par jour, 2 mégawatheures d’électricité, ce qui permettra d’alimenter l’équivalent de la moitié de la ville de Kourou, soit une population d’environ 13 000 habitants. L’usine est conçue pour fonctionner 24 heures sur 24, onze mois de l’année, de manière totalement automatisée. Elle emploiera 4 salariés.

L’usine stockera dans des silos des plaquettes de bois de dimension 7 cm / 2,5 cm / 3 cm , avec 11 à 12 jours de réserve, pour l’alimentation de la chaudière. Elle ne rejettera aucune fumée dans l’atmosphère, grâce à des filtres particulièrement sophistiqués. La toiture est, en outre, composée de seuls panneaux solaires, qui permettront de couvrir la presque totalité des besoins en électricité de l’usine.

L’électricité ainsi produite présente l’avantage, par rapport aux autres sources d’énergies renouvelables guyanaises (solaire, hydroélectricité), de ne pas dépendre d’aléas climatiques et d’être donc régulière.

Le directeur de l’usine a signalé qu’EDF achetait actuellement l’électricité produite de cette manière aux alentours de 100 euros par mégawatt. Il a jugé ce tarif insuffisant pour inciter à la création d’usines de ce type, qui représentent un investissement important (14 millions d’euros pour cette unité). Ce montant a été financé par des capitaux privés et grâce, d’une part, à des subventions européennes et, d’autre part, aux dispositifs de défiscalisation qui, d’après lui, permettent à peine de compenser les surcoûts de construction.

Enfin, il a regretté que le réseau d’électricité guyanais ne soit pas relié aux réseaux des pays voisins, comme c’est le cas en Europe. Il en résulte des difficultés pour approvisionner le réseau de manière régulière et des coupures d’électricité fréquentes.

  • 17h45 – rencontre avec les agriculteurs à la ferme de M. Edmé Zulemaro (Matiti)

    M. Edmé Zulemaro a présenté son entreprise agricole, d’une superficie de 190 ha sur un terrain appartenant au CNES, dont l’activité a été diversifiée au cours des dernières années dans une optique touristique. En effet au-delà des activités traditionnelles de polyculture (élevage notamment), l’entreprise s’est diversifiée dans la gestion d’espaces verts puis a été ouvert un golf et un village vacances.

A la suite de cette visite, elle a rencontré des agriculteurs qui ont rappelé que la surface agricole utile (SAU) guyanaise était de 20 000 hectares , avec notamment l’élevage bovin, le maraîchage, la pisciculture et l’élevage hors sol. Ont été rappelées les difficultés des agriculteurs guyanais à accéder au crédit.

Par ailleurs l’agriculture guyanaise ne couvre que 20 % de la consommation du département, avec par exemple une production de 120 tonnes de poulets contre 4 500 tonnes de consommation. Enfin ont été mises en avant les difficultés particulières liées aux normes françaises qui complexifient encore la situation par rapport aux normes européennes pourtant déjà rigoureuses.

 

 

  • 19h30 – Visite de la médiathèque en présence de M. Jean-Etienne Antoinette, maire de Kourou

La mission sénatoriale s’est ensuite rendue sur le site de la médiathèque de la ville de Kourou, inaugurée en 2004.

M. Jean-Etienne Antoinette, maire de Kourou, a fait visiter le bâtiment, construit à la fois à partir de bois local (bois de cathédrale) et importé et réalisé dans le respect de la tradition guyanaise.

Le site est ouvert sept jours sur sept et l’ensemble des services proposés sont gratuits : accès à internet, bibliothèque, salles de projection, espaces d’éveil et de jeux pour enfants, salles accueillant des cours de danse, etc.

Par ailleurs, la médiathèque a permis de créer des emplois : 90 salariés y sont présents à temps plein.

  • 21h00 – Dîner à l’invitation de M. Jean-Etienne Antoinette, maire de Kourou, en présence des représentants de la société civile(Kourou)

La délégation a participé à un large échange de vues avec une cinquantaine de représentants de la société civile lors d’un dîner organisé à Kourou. Les principaux thèmes abordés ont été :

– les droits des populations amérindiennes, les premières qui se sont installées sur le sol guyanais, ainsi que les problèmes d’état civil et d’accès aux services publics des peuples marrons établis à l’intérieur des terres ;

– la possibilité d’instaurer une préférence locale pour les artisans et d’améliorer le revenu des marins-pêcheurs;

– l’assouplissement du régime des autorisations de travail pour les immigrés de longue date et leurs enfants ;

– la question des aides à l’agriculture: prêts bancaires pour les agriculteurs, création d’une banque de développement, marges liées au coût des matières premières comme l’engrais, accès aux appels d’offres lancés par les cantines ;

– les besoins non satisfaits en matière de logement social ;

– la nécessité de construire de nouveaux établissements scolaires et l’inadéquation de la formation professionnelle des jeunes aux besoins de l’emploi local ;

– le domaine de la santé avec les préoccupations liées à l’évolution de la démographie médicale, le manque d’équipements et de prise en charge des pathologies lourdes, la réforme de l’hôpital engagée dernièrement par le gouvernement, le rôle des médiateurs de santé, l’épidémie de dengue (200 hospitalisations) et l’insuffisante information sur l’épidémie de sida ;

– le poids de l’industrie spatiale dans l’économie du département (20 % du PIB, 1 500 emplois dont 70% de locaux).

  • Mardi 19 mai 2009 : L’Ouest guyanais
    • 7h15 – Départ de Kourou
    • 8h15 – Arrêt sur le site du lanceur Soyouz – Centre spatial guyanais

M. Frédéric Munos, représentant de la direction des lanceurs du CNES, a présenté le site de lancement Soyouz. Il a rappelé les grandes dates du chantier depuis juillet 2003, son achèvement étant prévu fin 2009. Le coût total du projet s’élève à près de 410 millions d’euros, financés pour moitié par l’Etat français.

  • 10h30 – Visite de l’usine rizicole du groupe SOS – Mana

 M. Dario Bermell-Cercos, directeur de la compagnie rizicole de l’Ouest guyanais, a tout d’abord présenté le groupe SOS, d’origine espagnole et qui est au premier rang mondial pour la production d’huile d’olives et au deuxième pour la production de riz. Employant 4 000 personnes dans le monde et réalisant un chiffre d’affaires de 2,2 milliards d’euros, ce groupe est présent notamment aux Etats-Unis, en Espagne, au Portugal et en Italie.

Le groupe SOS exploite le polder de Mana qui couvre 2 700 hectares et produit annuellement 9 000 tonnes de riz par an, pour un chiffre d’affaires de 7 millions d’euros. L’entreprise y emploie 25 salariés et induit une centaine d’emplois indirects. Il s’agit de l’unique société rizicole à jour de charges sociales et fiscales en Guyane. 40 % des taxes foncières perçues par la commune de Mana sont versés par elle. Plus globalement, l’activité de l’entreprise sécurise l’ensemble de la filière rizicole guyanaise.

Le directeur a regretté que la spécificité guyanaise ne soit pas assez prise en compte au niveau européen : la Guyane est en effet la seule région européenne productrice de riz située en zone équatoriale, or elle est assujettie aux mêmes règles que le continent européen.

L’entreprise a adopté une culture très mécanisée, afin de s’adapter aux conditions climatiques, d’épandre les différents fertilisants et, plus globalement, de compenser l’écart de compétitivité existant par rapport aux pays voisins producteurs de riz.

La production fait face à un certain nombre de contraintes : les semences, les animaux ravageurs, l’absence de planage, le coût du fonctionnement élevé et en augmentation.

Ont été citées également les conclusions de la mission interministérielle sur le riz :

  • la nécessaire amélioration de la qualité et du rendement des terres dans un cadre européen adapté au contexte équatorial ;
  • le développement de la filière guyanaise ;
  • une étude précise de l’entrée dans le dispositif POSEI ;
  • la remise en production de l’ensemble des parcelles disponibles.

 

  • 11h15 – Rencontre des élus à la mairie de Mana en présence du Sénateur-maire, M. Georges Patient
  •                  
  • 12h00 – Rencontre avec M. Léon Bertrand, maire de Saint-Laurent-du-Maroni et président de la Communauté de communes de l’Ouest guyanais, et avec des maires de l’Ouest guyanais – Hôtel de ville de Saint-Laurent-du-Maroni

M. Léon Bertrand a tout d’abord rappelé les spécificités de la situation des communes de la communauté de communes de l’Ouest guyanais qui ont « la tête au Nord et les pieds au Sud » pour une superficie correspondant à environ la moitié de celle de la Guyane, soit celle du Portugal.
Il a estimé que les budgets et les dotations des communes de l’Ouest guyanais ne permettaient pas de faire face aux besoins de la population, du fait des distances et de la croissance démographique notamment. A titre d’exemple, il a indiqué que la construction d’une école à Maripasoula nécessitait de faire venir l’ensemble des matériaux de construction par bateau, ce qui engendrait des coûts supplémentaires importants. Il a souligné l’enjeu, pour les communes, de la croissance démographique et d’une régularité du recensement pour le calcul des dotations versées par l’Etat ; il a précisé que le dernier recensement des habitants de la commune de Saint-Laurent-du-Maroni avait porté la population de 19 000 à 34 000 habitants.

M. Galmot, deuxième adjoint au maire d’Apatou, a évoqué les problèmes communs aux « communes du fleuve » Maroni :

  • une forte croissance démographique entraînant des besoins en équipements sportifs, scolaires, de logement, etc. ;
  • le manque d’infrastructures et la nécessité de construire une route entre Apatou et Maripasoula ;
  • de réelles difficultés en matière d’électrification et de fourniture d’eau potable, la population n’étant pas concentrée géographiquement ;
  • les charges de personnel, qui représentent 60 % des budgets de fonctionnement ;
  • l’absence de perspective de développement en raison du faible nombre de personnes qualifiées ;
  • enfin, l’absence d’établissement de santé de qualité.

 

Il a proposé que soit mis en place un plan de rattrapage spécifique pour les communes du fleuve, qui seul pourrait permettre un développement économique endogène.

M. Richard Lobi, maire de Papaichton, est revenu sur le problème démographique, estimant que la population de sa commune était plus proche de 4 000 habitants que des 1 650 habitants officiellement recensés et que, par conséquent, les dotations de l’Etat étaient manifestement sous-calibrées.

Il a souligné les problèmes résultant de l’enclavement de sa commune, notamment les difficultés résultant de l’éloignement des services de l’Etat. Il a estimé que le transport des marchandises, qui se fait nécessairement par le fleuve, entraînait un quasi doublement du prix des produits.

Enfin, il a soutenu la proposition de M. Galmot de mettre en place un plan de rattrapage spécifique pour les communes du fleuve.

M. Jean-Paul Fereira, maire d’Awala-Yalimapo, a estimé que la crise sociale rencontrée par la Guyane à la fin de l’année 2008 était révélatrice du « mal être » persistant depuis des décennies et auquel aucune réponse n’avait été pour le moment apportée.

Selon lui, la situation des communes de l’Ouest guyanais est « à des années lumière » de celle des communes métropolitaines mais aussi des communes des autres départements d’outre-mer. Ainsi, la communauté de communes de l’Ouest guyanais n’a pas été créée, comme les communautés de communes traditionnelles, pour mutualiser les moyens des communes membres mais pour des raisons politiques, afin d’être le porte-voix de l’Ouest guyanais.

                                             

  • 13h00 – Départ pour l’aérodrome de Saint-Laurent-du-Maroni
  • 14h00 – Déjeuner et visite du site minier en forêt amazonienne sur le territoire de la commune d’Apatou

Au cours du déjeuner pris sur un site d’exploitation minière situé sur la commune d’Apatou, site que la délégation a rejoint par avion depuis l’aéroport de Saint-Laurent du Maroni, Mme Carole Ostorero, sa propriétaire, a commenté le schéma départemental d’orientation minière (SDOM) proposé par le préfet Mansillon que la Fédération des opérateurs miniers de Guyane (FEDOM) souhaite voir modifier.

La fédération propose, en effet, une nouvelle carte du potentiel minier qui a été élaborée avec l’aide de six géologues et qui met en évidence de façon plus complète la richesse du sous-sol guyanais (or, diamant, uranium, cobalt, platine, nickel…). Cette carte couvre une superficie de 62 800 km 2, soit 75 % du territoire de la Guyane et un potentiel minier 12 fois plus élevé que celui du Surinam, alors qu’actuellement seuls 2 200 km 2 peuvent être autorisés à exploiter.

La carte proposée par la FEDOM, organisée autour de trois grandes zones dont celle de Camp Caïman, permettrait de saisir l’opportunité de fai -re bénéficier la Guyane du cours élevé de l’or (soit environ 20 000 € le kilo) et de créer 2 000 emplois directs et 8 000 indirects (bureau d’études, frais de laboratoires, transports…) dès 2009-2010, 5 000 emplois directs et 15 000 emplois indirects à l’horizon 2015. Ces emplois génèreront à leur tour des dépenses qui profitent à l’économie locale et au budget des collectivités territoriales, comme l’augmentation des frais de carburant.

Elle a noté que les opérateurs miniers sont devenus plus respectueux de l’environnement, notamment pour re-végétaliser les zones d’extraction du minerai ou réagencer les cours d’eau antérieurement déviés. Les techniques ont aussi beaucoup évolué comme la prohibition du mercure et l’utilisation de la flottation, une nouvelle méthode exempte de tout produit chimique.

Mais Mme Ostorero a regretté les freins au développement de ce secteur qui sont tant d’ordre financier (le manque de garanties pour ceux qui investissent dans le secteur minier) qu’administratif, à savoir :

  • Les délais d’instruction pour les demandes d’exploitation et de concession successives depuis 1992 ;
  • La double réglementation à laquelle l’exploitation est soumise, avec d’un côté le code minier et de l’autre celle sur les installations classées ;
  • L’inadaptation de certaines règles de protection de l’environnement, comme la température des rejets d’eau, ou de sécurité, comme la réglementation incendie.

La délégation a ensuite visité les différentes installations de ce site minier (du broyage au filtrage des particules d’or) qui est spécialisé dans l’exploitation de couches de minerai à faible teneur et dont la production atteint, en période normale, 25 à 30 kg d’or par mois.

 

  • 17h30 – Retour à Cayenne par avion

 

  • 19h00 – Rencontre avec le trésorier payeur-général, le directeur de l’INSEE et des chercheurs – Salle ambiance, Hôtel Amazonia, Cayenne

Le trésorier payeur-général a indiqué que sur les 22 communes guyanaises, 18 étaient en situation de cessation de paiement en 2006. La communauté de communes de l’Ouest guyanais (CCOG) qui s’étend sur une superficie hors norme en comparaison des communautés métropolitaines et la communauté de l’Est guyanais sont dans des situations plutôt saines parce qu’elles ne sont pas en mesure de mener beaucoup de projets ; la communauté de communes du centre littoral qui regroupe la majorité de la population n’est de son côté pas dans une situation confortable.
Il a insisté sur le fait que, quelle que soit la qualité de la gestion des élus, la situation des collectivités était rendue particulièrement précaire par la pression démographique.
Le département et la région ne manquent pas de ressources mais l’incapacité de beaucoup de communes à exercer leurs missions pousse ces dernières à s’adresser à ces deux grandes collectivités. Ainsi la pression démographique induit des besoins particulièrement importants en matière scolaire : la région construit en effet 4 lycées.

Le trésorier payeur-général a considéré que les banques étaient réticentes pour prêter aux collectivités territoriales du fait de leurs difficultés. C’est pourquoi les services de l’Etat ont lancé un dispositif en lien avec l’Agence française de développement (AFD) pour l’ensemble des collectivités de Guyane visant à recenser toutes les dettes des collectivités territoriales et de mettre en place un plan d’assainissement afin de les aider à financer leurs projets. Cela a permis ainsi d’assainir la situation de 7 communes guyanaises. Ce plan a été mis en place en contrepartie d’engagements des collectivités à assainir durablement leur situation.
Il a estimé que, du fait des spécificités guyanaises, la solidarité ne devait pas être verrouillée, mais il devait s’agir d’une péréquation évolutive. Ainsi il a souhaité que la dotation aux communes destinée aux écoles ne soit plus calculée pour la Guyane en prenant en compte le nombre d’enfants inscrits dans les deux années précédentes, mais le nombre d’enfants qui seront scolarisés deux ans plus tard.
Enfin il a relevé que les entreprises, en très large majorité des entreprises unipersonnelles, étaient dans une situation fragile, à l’exemple des entreprises d’exploitation aurifère, dans l’incertitude du fait de l’élaboration du schéma minier.

Le directeur de l’INSEE a tout d’abord rappelé que la Guyane connaissait le taux de croissance le plus important parmi les régions françaises, avec un taux de 4,1%. Cette croissance se tasse seulement depuis 2003.
La croissance de l’emploi s’est maintenue au cours des dernières années, avec un rythme de création d’emplois deux fois plus soutenu qu’aux Antilles. Le niveau d’investissement est élevé et cela constitue un véritable levier de croissance. Le taux de survie des entreprises est de 66 % au terme de trois ans, ce qui est loin d’être catastrophique.
Le tissu économique guyanais se rapproche de plus en plus du tissu métropolitain.

Par ailleurs le directeur de l’INSEE a évoqué « l’aventure démographique » de la Guyane, avec une population multipliée par 8,5 entre 1950 et 2008. La population est très jeune avec 42 % de la population de moins de 20 ans. Ce phénomène est récent, la population ne vieillissant pas d’ici 2030 : en effet le solde migratoire est important et le solde naturel ne l’est pas moins.
L’immigration est devenue une caractéristique de la population guyanaise avec 20 % de la population constituée d’immigrants légaux (surinamais, haïtiens, brésiliens).
Globalement, cette situation démographique gomme la forte croissance économique : la Guyane est aujourd’hui le seul département d’outre-mer à voir son PIB s’éloigner du PIB français.

Il a enfin relevé qu’un certain nombre de questions immédiates se posent :

  • l’accélération de l’inflation depuis fin 2008 ;
  • le nombre des non diplômés : en effet 54 % des actifs sont sans diplôme en Guyane contre 16 % en métropole. L’immigration accentue ce phénomène ;
  • l’importance du chômage de longue durée ;
  • la croissance des disparités de revenus ;
  • l’accroissement des disparités territoriales : on assiste aujourd’hui à une redistribution de la population en faveur de l’Ouest guyanais.

                     

  • 20h00 – Audition de chercheurs en agro-développement et de plusieurs acteurs guyanais dans le secteur aurifère – Salle ambiance, Hôtel Amazonia, Cayenne

La délégation sénatoriale a ensuite entendu des chercheurs en agro-développement. Ces derniers, désireux de faire émerger une activité à partir du potentiel guyanais, ont souhaité la mobilisation de la recherche-développement et de l’innovation, avec la volonté de valoriser les initiatives socio-économiques rurales.

 Puis, la mission a procédé à l’audition de plusieurs acteurs guyanais en matière d’intervention aurifère :

  • le Président du Comité pour la sauvegarde de l’orpaillage guyanais (CASOK), qui a rappelé que la filière d’orpaillage légal était en perte de vitesse depuis l’année 2001 tandis que l’orpaillage clandestin s’était particulièrement développé ces quinze dernières années. Il a formulé deux principales propositions : que le centre de décision pour l’exploitation des ressources soit rapproché du terrain et que des titres d’exploitation minière soient exceptionnellement délivrés sur tous les sites actuellement exploités de manière clandestine ;
  • la société Auplata, créée en 2004, qui se remet actuellement d’importantes difficultés financières. Elle emploie actuellement 60 salariés, sur deux sites guyanais, pour une production de 700 tonnes de minerai par jour ;
  • le directeur général d’Iamgold S.A., qui a présenté le projet « Harmonie » de l’entreprise : une exploitation d’or primaire à ciel ouvert, utilisant du cyanure, avec une production annuelle de 3,9 tonnes d’or et un effectif de 350 emplois directs.

L’ensemble de ces intervenants ont souligné « l’absence totale de bienveillance » de l’administration à leur égard, en particulier la DRIRE. Les représentants de l’entreprise Iamgold ont regretté que le Président de la République ait, en 2008, mis un coup d’arrêt à leur projet « Harmonie ». Ils sont actuellement en attente de la version définitive du schéma minier pour savoir s’ils pourront mener à bien leur projet d’exploitation

  • Mercredi 20 mai 2009 : Cayenne
  • 8h15 – Rencontre avec M. Tien-Liong, président du Conseil général de la Guyane (Conseil général de la Guyane )

M. Tien-Liong a tout d’abord estimé que l’ensemble des départements d’outre-mer étaient confrontés aux mêmes problèmes et regretté qu’il faille attendre des crises pour que les choses avancent. Il s’est déclaré « un peu perdu » entre toutes les initiatives actuellement en cours pour l’outre-mer : étude sur le prix des carburants, Etats généraux, Mayouris, évolution institutionnelle, etc.

Il a jugé que les exonérations fiscales, notamment celles contenues dans la loi pour le développement économique des outre-mer, ne suffiraient pas à induire un développement endogène des territoires.

Parmi les obstacles au développement de la Guyane , il a souligné :

  • l’absurdité de l’application de certaines normes européennes ou nationales, qui ne sont pas adaptées à la situation guyanaise. A titre d’exemple, il a cité le cas d’une construction d’aéroport actuellement arrêtée, les services de l’Etat s’opposant, pour des raisons environnementales, à l’utilisation du gravier du fleuve proche de l’aéroport, alors que cette solution paraît plus logique et moins coûteuse que l’importation de gravier ;
  • les difficultés rencontrées en matière de coopération avec le Brésil et le Surinam.
  • de manière générale, il a regretté l’absence d’une réelle volonté politique du gouvernement de permettre le développement de la Guyane. Il faudrait assouplir les normes et adapter les lois et réglementations à la situation réelle. A titre d’exemple, il a évoqué l’arrêté préfectoral interdisant le transport des élèves sur certains fleuves en raison de leur dangerosité, alors même que la compétence d’aménagement des voies fluviales appartient à l’Etat.
  • Si des transferts de cette compétence au département peuvent être envisagés dans le cadre de l’article 73 de la Constitution , il faudrait préalablement que l’Etat s’assure du bon état des infrastructures transférées et que le département dispose des moyens de les entretenir.

Il a par ailleurs déclaré ne pas savoir quelle serait l’issue d’un referendum local sur une évolution vers l’article 74 de la Constitution.

Concernant la situation financière des collectivités territoriales, il a rappelé la situation spécifique de la Guyane au sein des départements d’outre-mer puisqu’une large partie de l’octroi de mer est perçue non par les communes mais par le département. S’il a reconnu que le retour au droit commun de l’octroi de mer pourrait aider les communes à rétablir leurs finances, il a jugé qu’il faudrait alors trouver une ressource de compensation pour le département. Dans le cas contraire, demander au département d’aider les communes reviendrait à « demander à l’aveugle d’aider le paralytique ».

Il a par ailleurs rappelé que la sous-compensation au département du transfert du revenu minimum d’insertion induisait un coût de 9 millions d’euros par an pour le département.

Enfin, il a évoqué les problèmes de la Guyane en matière de santé :

  • des indicateurs mauvais, notamment pour la mortalité infantile ;
  • l’absence de médecins dans les régions les plus reculées de Guyane ;
  • la non reconnaissance par l’Etat des centres de santé guyanais, entraînant un sous-calibrage des dotations, ce qui risque de s’aggraver avec la mise en place de la tarification à l’activité ;
  • la nécessité de lourds investissements pour faire face à la croissance démographique.

 

  • 10h30 – rencontre avec des représentants du Mayouri pou lavi meyow ( MPLM ) (préfecture de la Guyane )

M. Karam, pêcheur, a rappelé que le MPLM était né au moment du mouvement social de la fin 2008 né de la question du prix des carburants. L’absence de baisse du prix de l’essence à la pompe en parallèle à la chute du prix du baril avait conduit à une longue grève de plusieurs semaines et finalement à la décision de baisser le prix de l’essence de 50 centimes.

Il a par ailleurs insisté sur les éléments suivants :

  • la question du niveau des prix, largement supérieur à celui de la métropole ;
  • les difficultés à assurer une véritable continuité territoriale en Guyane ;
  • l’existence de monopoles qui pèsent sur le niveau des prix, comme ceux d’Air France, CMA CGM pour le fret ou de certains groupes alimentaires ;
  • la situation du secteur de la pêche est difficile : la concurrence des pêcheurs des pays voisins (Surinam, Brésil) pèse, notamment en raison du non respect des eaux territoriales. Par ailleurs, la réglementation européenne (sur les filets de pêche notamment) et le niveau des charges sociales pénalisent les pêcheurs guyanais par rapport à leurs homologues surinamais et brésiliens ;
  • s’agissant des ressources naturelles comme l’or ou le bois, un véritable pillage a lieu aujourd’hui encore, et ce malgré les différentes opérations coup de poing telles que l’opération Harpie lancée pour lutter contre l’orpaillage clandestin).

Le second représentant du MPLM a appelé de ses vœux une évolution du système économique guyanais, hérité selon lui de l’époque coloniale. Il a confirmé que le prix du carburant avait constitué l’élément déclencheur du mouvement social lancé en décembre 2008, insistant lui aussi sur le niveau élevé du coût de la vie en Guyane.

Il a fait part à la délégation sénatoriale de deux revendications essentielles :

  • la création d’une véritable université guyanaise ;
  • une évolution statutaire jusqu’à l’indépendance.

Il a enfin indiqué que le MPLM avait formulé un ensemble de 60 revendications

o    14h00 – Déjeuner et visite du site minier en forêt amazonienne sur le territoire de la commune d’Apatou

Au cours du déjeuner pris sur un site d’exploitation minière situé sur la commune d’Apatou, site que la délégation a rejoint par avion depuis l’aéroport de Saint-Laurent du Maroni, Mme Carole Ostorero, sa propriétaire, a commenté le schéma départemental d’orientation minière (SDOM) proposé par le préfet Mansillon que la Fédération des opérateurs miniers de Guyane (FEDOM) souhaite voir modifier.

La fédération propose, en effet, une nouvelle carte du potentiel minier qui a été élaborée avec l’aide de six géologues et qui met en évidence de façon plus complète la richesse du sous-sol guyanais (or, diamant, uranium, cobalt, platine, nickel…). Cette carte couvre une superficie de 62 800 km 2, soit 75 % du territoire de la Guyane et un potentiel minier 12 fois plus élevé que celui du Surinam, alors qu’actuellement seuls 2 200 km 2 peuvent être autorisés à exploiter.

La carte proposée par la FEDOM, organisée autour de trois grandes zones dont celle de Camp Caïman, permettrait de saisir l’opportunité de fai -re bénéficier la Guyane du cours élevé de l’or (soit environ 20 000 € le kilo) et de créer 2 000 emplois directs et 8 000 indirects (bureau d’études, frais de laboratoires, transports…) dès 2009-2010, 5 000 emplois directs et 15 000 emplois indirects à l’horizon 2015. Ces emplois génèreront à leur tour des dépenses qui profitent à l’économie locale et au budget des collectivités territoriales, comme l’augmentation des frais de carburant.

Elle a noté que les opérateurs miniers sont devenus plus respectueux de l’environnement, notamment pour re-végétaliser les zones d’extraction du minerai ou réagencer les cours d’eau antérieurement déviés. Les techniques ont aussi beaucoup évolué comme la prohibition du mercure et l’utilisation de la flottation, une nouvelle méthode exempte de tout produit chimique.

Mais Mme Ostorero a regretté les freins au développement de ce secteur qui sont tant d’ordre financier (le manque de garanties pour ceux qui investissent dans le secteur minier) qu’administratif, à savoir :

§  Les délais d’instruction pour les demandes d’exploitation et de concession successives depuis 1992 ;

§  La double réglementation à laquelle l’exploitation est soumise, avec d’un côté le code minier et de l’autre celle sur les installations classées ;

§  L’inadaptation de certaines règles de protection de l’environnement, comme la température des rejets d’eau, ou de sécurité, comme la réglementation incendie.

La délégation a ensuite visité les différentes installations de ce site minier (du broyage au filtrage des particules d’or) qui est spécialisé dans l’exploitation de couches de minerai à faible teneur et dont la production atteint, en période normale, 25 à 30 kg d’or par mois.

 

o    17h30 – Retour à Cayenne par avion

 

o    19h00 – Rencontre avec le trésorier payeur-général, le directeur de l’INSEE et des chercheurs – Salle ambiance, Hôtel Amazonia, Cayenne

Le trésorier payeur-général a indiqué que sur les 22 communes guyanaises, 18 étaient en situation de cessation de paiement en 2006. La communauté de communes de l’Ouest guyanais (CCOG) qui s’étend sur une superficie hors norme en comparaison des communautés métropolitaines et la communauté de l’Est guyanais sont dans des situations plutôt saines parce qu’elles ne sont pas en mesure de mener beaucoup de projets ; la communauté de communes du centre littoral qui regroupe la majorité de la population n’est de son côté pas dans une situation confortable.
Il a insisté sur le fait que, quelle que soit la qualité de la gestion des élus, la situation des collectivités était rendue particulièrement précaire par la pression démographique.
Le département et la région ne manquent pas de ressources mais l’incapacité de beaucoup de communes à exercer leurs missions pousse ces dernières à s’adresser à ces deux grandes collectivités. Ainsi la pression démographique induit des besoins particulièrement importants en matière scolaire : la région construit en effet 4 lycées.

Le trésorier payeur-général a considéré que les banques étaient réticentes pour prêter aux collectivités territoriales du fait de leurs difficultés. C’est pourquoi les services de l’Etat ont lancé un dispositif en lien avec l’Agence française de développement (AFD) pour l’ensemble des collectivités de Guyane visant à recenser toutes les dettes des collectivités territoriales et de mettre en place un plan d’assainissement afin de les aider à financer leurs projets. Cela a permis ainsi d’assainir la situation de 7 communes guyanaises. Ce plan a été mis en place en contrepartie d’engagements des collectivités à assainir durablement leur situation.
Il a estimé que, du fait des spécificités guyanaises, la solidarité ne devait pas être verrouillée, mais il devait s’agir d’une péréquation évolutive. Ainsi il a souhaité que la dotation aux communes destinée aux écoles ne soit plus calculée pour la Guyane en prenant en compte le nombre d’enfants inscrits dans les deux années précédentes, mais le nombre d’enfants qui seront scolarisés deux ans plus tard.
Enfin il a relevé que les entreprises, en très large majorité des entreprises unipersonnelles, étaient dans une situation fragile, à l’exemple des entreprises d’exploitation aurifère, dans l’incertitude du fait de l’élaboration du schéma minier.

Le directeur de l’INSEE a tout d’abord rappelé que la Guyane connaissait le taux de croissance le plus important parmi les régions françaises, avec un taux de 4,1%. Cette croissance se tasse seulement depuis 2003.
La croissance de l’emploi s’est maintenue au cours des dernières années, avec un rythme de création d’emplois deux fois plus soutenu qu’aux Antilles. Le niveau d’investissement est élevé et cela constitue un véritable levier de croissance. Le taux de survie des entreprises est de 66 % au terme de trois ans, ce qui est loin d’être catastrophique.
Le tissu économique guyanais se rapproche de plus en plus du tissu métropolitain.

Par ailleurs le directeur de l’INSEE a évoqué « l’aventure démographique » de la Guyane, avec une population multipliée par 8,5 entre 1950 et 2008. La population est très jeune avec 42 % de la population de moins de 20 ans. Ce phénomène est récent, la population ne vieillissant pas d’ici 2030 : en effet le solde migratoire est important et le solde naturel ne l’est pas moins.
L’immigration est devenue une caractéristique de la population guyanaise avec 20 % de la population constituée d’immigrants légaux (surinamais, haïtiens, brésiliens).
Globalement, cette situation démographique gomme la forte croissance économique : la Guyane est aujourd’hui le seul département d’outre-mer à voir son PIB s’éloigner du PIB français.

Il a enfin relevé qu’un certain nombre de questions immédiates se posent :

§  l’accélération de l’inflation depuis fin 2008 ;

§  le nombre des non diplômés : en effet 54 % des actifs sont sans diplôme en Guyane contre 16 % en métropole. L’immigration accentue ce phénomène ;

§  l’importance du chômage de longue durée ;

§  la croissance des disparités de revenus ;

§  l’accroissement des disparités territoriales : on assiste aujourd’hui à une redistribution de la population en faveur de l’Ouest guyanais.

 

 

o    20h00 – Audition de chercheurs en agro-développement et de plusieurs acteurs guyanais dans le secteur aurifère – Salle ambiance, Hôtel Amazonia, Cayenne

La délégation sénatoriale a ensuite entendu des chercheurs en agro-développement. Ces derniers, désireux de faire émerger une activité à partir du potentiel guyanais, ont souhaité la mobilisation de la recherche-développement et de l’innovation, avec la volonté de valoriser les initiatives socio-économiques rurales.

 Puis, la mission a procédé à l’audition de plusieurs acteurs guyanais en matière d’intervention aurifère :

§  le Président du Comité pour la sauvegarde de l’orpaillage guyanais (CASOK), qui a rappelé que la filière d’orpaillage légal était en perte de vitesse depuis l’année 2001 tandis que l’orpaillage clandestin s’était particulièrement développé ces quinze dernières années. Il a formulé deux principales propositions : que le centre de décision pour l’exploitation des ressources soit rapproché du terrain et que des titres d’exploitation minière soient exceptionnellement délivrés sur tous les sites actuellement exploités de manière clandestine ;

§  la société Auplata, créée en 2004, qui se remet actuellement d’importantes difficultés financières. Elle emploie actuellement 60 salariés, sur deux sites guyanais, pour une production de 700 tonnes de minerai par jour ;

§  le directeur général d’Iamgold S.A., qui a présenté le projet « Harmonie » de l’entreprise : une exploitation d’or primaire à ciel ouvert, utilisant du cyanure, avec une production annuelle de 3,9 tonnes d’or et un effectif de 350 emplois directs.

L’ensemble de ces intervenants ont souligné « l’absence totale de bienveillance » de l’administration à leur égard, en particulier la DRIRE. Les représentants de l’entreprise Iamgold ont regretté que le Président de la République ait, en 2008, mis un coup d’arrêt à leur projet « Harmonie ». Ils sont actuellement en attente de la version définitive du schéma minier pour savoir s’ils pourront mener à bien leur projet d’exploitation.

 

 

Pas de commentaire

Soyez le premier à laisser un commentaire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *