Intervention en débat sur la situation des Outre-mer – séance du 26 février 2014

Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre,
Mes chers Collègues,

Je tiens à saluer l’initiative de notre cher collègue Paul Vergès et de son groupe d’organiser ce débat sur la situation des Outre-mer.

Il nous donne une excellente opportunité d’interpeller le gouvernement sur les maux dont souffrent nos régions respectives, maux qui sont les mêmes comme vous avez pu le constater  lors des interventions précédentes, à savoir :

  • PIB faible, seuil de pauvreté élevé,
  • Taux de chômage les plus importants de France,
  • Situation sanitaire déplorable,
  • Déficit de logements et habitat insalubre,
  • Insécurité, pour ne citer que les principaux.

Face à ce constat de sous-développement, voire de non développement persistant en dépit d’une politique d’assistanat et de rattrapage menée depuis fort longtemps, des questions s’imposent :

N’est-il pas venu le moment de déclarer en faillite ce système actuel de développement des Outre-mer ?

N’est-il pas venu le moment de revoir et corriger ce mode unique de développement appliqué à tous les Outre-mer au profit d’une plus grande reconnaissance et adaptation de la diversité des situations ultramarines ? Les Outre-mer ne constituent pas un ensemble homogène : Chaque région d’Outre-mer est différente et des pistes spécifiques doivent être envisagées pour chacune d’entre elles.

C’est ainsi que trop souvent, trop facilement la Guyane est purement et simplement assimilée aux autres petites économies insulaires des autres Départements Régions d’Outre-mer (DROM). La conséquence en est que les mesures et dispositions qui sont prises en leur faveur lui sont calquées, alors que le contexte global de la Guyane ne présente que peu de similitudes avec celui des Iles.

Le territoire de la Guyane est continental, d’une superficie terrestre de près de 90 000km², il dispose d’une zone économique et exclusive de 130 140 km²; il y a des ressources tout à fait essentielles qui ne sont pas, peu, prou, ou mal exploitées. L’occupation humaine de son espace territorial (inégalement réparti avec de larges espaces inhabités) qui génère l’idée d’un possible équilibrage, le taux de croissance exceptionnel de sa population et sa diversité en termes historiques, ethniques, culturels, linguistiques mais aussi en termes administratifs ! Voici encore des éléments qui la distinguent radicalement la Guyane des autres DROM et dont il faut absolument tenir compte dans la réflexion sur son développement.

Or on nous impose, au nom d’enjeux universels, et par mimétisme avec les pays développés, des modalités de gestion de notre territoire qui sont celles de régions ou la croissance économique s’est faite à partir d’une exploitation peu rationnelle de ressources naturelles ou pas renouvelables, et où il est devenu indispensable de ménager des espaces sauvegardés, préservés.

Ce que nous voulons, nous, c’est assurer à la Guyane un développement durable, supprimer, des inégalités criantes en termes d’accès à l’emploi et de ressources et d’atteindre finalement un bien être social et satisfaisant.

Nous en avons les moyens en Guyane et nous pouvons y parvenir si nous est laissée la possibilité d’élaborer une conception spécifique de notre développement. Il n’est pas là question d’une remise en cause de notre statut par rapport à la France mais dans le champ économique, la Guyane doit pouvoir se distinguer, si elle ne veut pas définitivement rester le « mauvais élève » de la République, à la traîne.

Notre démarche doit donc reposer sur les capacités guyanaises, en hommes, en qualifications et devra être définie avec l’ensemble de la population guyanaise, dans un esprit de partenariat. Nous ne pouvons plus éternellement nous en remettre à d’autres pour construire la Guyane de demain.

C’est tout le sens, Monsieur le Ministre, que l’on doit donner au « Pacte pour l’avenir » entre l’Etat et la Guyane que le Président a annoncé lors de son récent passage en Guyane.

Je ne pourrai terminer mon propos, monsieur le Ministre, sans évoquer 3 questions d’actualité.

La première question porte sur l’approvisionnement en carburants routiers de la Guyane. Le Suriname, notre Etat voisin, aura d’ici la fin d’année du carburant aux normes euro 5, ce qui est largement suffisant pour le niveau des normes exigées par l’Union Européenne. Aussi, pouvons-nous escompter, à partir de cette date, une sortie du dispositif d’approvisionnement par la raffinerie SARA ?

La deuxième question est relative au bouclier qualité-prix. Si en Guyane les prix des produits listés ont été contenus puisque le prix du panier a parfois été inférieur au prix fixé au départ, en accord avec les distributeurs, une remarque est souvent faite créant un ressenti négatif au niveau de la population. En effet, le prix du bouclier est un prix global et non un prix par article (pour une liste qui comprend entre 90 et 150 articles). Comme il est très rare qu’un consommateur achète tous les produits de la liste, il ne peut, très souvent vérifier que les prix des produits qu’il achète sont moins élevés qu’avant la mise en place du bouclier.

C’est un des points qu’il vous faudra voir, Monsieur le Ministre, lors de vos toutes prochaines négociations sur le bouclier qualité-prix, qui vont avoir lieu courant mars, je crois.

Dernière question, Monsieur le Ministre, mais pas la moindre tant elle me préoccupe depuis fort longtemps et pas moi seul, la question de l’octroi de mer. Sur l’octroi de mer, il y a de très fortes inquiétudes quant à sa prorogation. J’espère que vous allez pouvoir les lever car les propos que vous avez tenus la semaine dernière lors de votre audition par la délégation Outre-mer de l’Assemblée nationale semblaient indiquer qu’il ne serait prorogé que de quelques mois. Pourrait-on avoir plus de précisions ? Quel serait le calendrier parlementaire ?

Inutile de vous rappeler toute l’importance de cette taxe pour nos régions déjà très affaiblies financièrement.

Je vous remercie de votre attention.

 

Retrouver la réponse de Victorin Lurel, ministre des Outre-mer

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