Intervention en Débat sur la situation de l’hôpital – Sénat, le 12 janvier 2017

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Madame la Présidente,
Madame la Secrétaire d’État,
Mes chers collègues,

 

Ce débat est bienvenu car il me permet de vous alerter sur l’état très alarmant du secteur de la santé en Guyane, de l’extrême tension qui existe sur la situation de ses établissements hospitaliers. Sans exagération aucune, je peux dire que le service public hospitalier de Guyane est un grand corps malade voire agonisant qu’il est urgent de réanimer.

Madame la Secrétaire d’État je ne vous apprends rien. La ministre de la santé s’est rendue en Guyane l’année dernière. Elle a pu constater sur place l’ampleur du problème et a du d’ailleurs prendre quelques dispositions en urgence.

 

  • Elle a fait venir des inspecteurs de l’IGAS pour faire le point sur les dysfonctionnements des hôpitaux publics, elle a débloqué des fonds pour parer aux besoins qui ont été estimés les plus urgents pour ces établissements, des fonds néanmoins nettement insuffisants au regard de l’ampleur des besoins.

 

Les hôpitaux de Guyane sont en effet tous dans une logique de rattrapage structurel.

  • Le Centre hospitalier Andrée Rosemon de Cayenne (CHAR)

Le premier, le Centre hospitalier Andrée Rosemon de Cayenne qui est l’hôpital principal, assure la prise en charge de patients non seulement à Cayenne, mais aussi dans les Centres Délocalisés de Prévention et de Soins situés sur plusieurs communes, environ 150 000 habitants soit 60% de la population.

Il a un déficit structurel de 40, 5 millions € et accuse plus de 25 millions € de retards de paiements à ses fournisseurs qui de moins en moins veulent livrer.

Pour assurer ses missions, un triple rattrapage est nécessaire.

  • un rattrapage sous forme de réajustement du financement des missions d’intérêt général,
  • un rattrapage des insuffisances de financement de ces 3 dernières années
  • et même temps, cet hôpital doit poursuivre sa politique d’investissements de remise à niveau pour garantir la sécurité des personnes et des bâtiments.

 

  • Le Centre Hospitalier de l’Ouest Guyanais (CHOG)

Le second, le Centre Hospitalier de l’Ouest Guyanais, l’hôpital de Saint-Laurent-du-Maroni, est l’unique structure de prise en charge sanitaire sur un territoire qui fait plus de 50 000 m² et qui représente 60% du territoire guyanais.

Il couvre un bassin de santé de plus de 100 000 habitants si l’on comptabilise le nombre d’étrangers en situation illégale venant du Suriname.

Lui aussi est également déficitaire comme celui de Cayenne :

  • Il manque à ce jour 49 millions € pour financer le nouvel hôpital dont le coût est estimé à 147 millions €.
  • Il accuse un retard structurel pour 2016 de – 10,7 millions soit l’équivalent de 15 % de ses recettes.

Des dispositions sont prises dans cet établissement qui a initié un plan de retour à l’équilibre qui devrait permettre d’améliorer le résultat de 5,6 M€ (+4,6 M€ de recettes et environ 1 M€ d’économies) entre 2017 et 2020.

 

  • Le centre médico-chirurgical de Kourou (CMCK)

Le dernier centre public, le Centre médico-chirurgical de Kourou, est comme les autres dans la même situation. Il fait face aux mêmes problématiques, une situation financière très tendue, avec un déficit chronique, une offre de soin de santé défaillante et des problèmes de gouvernance et de ressources humaines.

Madame la Ministre, vous connaissez le diagnostic puisque vous avez reçu le rapport de mission des inspecteurs de l’IGAS, rapport que j’ai demandé à l’Agence Régionale de Santé mais que je n’ai jamais pu obtenir tout comme bon nombre de professionnels de santé qui l’ont demandé mais qui eux aussi n’ont jamais pu l’obtenir. Il faut croire que ce rapport est le secret le mieux gardé du ministère car il est aussi introuvable sur le site de l’IGAS.

Pourquoi tant de silence autour de ce rapport ?

Pourquoi également si peu d’empressement de la part de votre ministère pour répondre aux demandes des professionnels du secteur de santé ?

Je fais référence à leur courrier du 7 décembre 2016 qui met l’accent sur la demande récurrente de révision de la Tarification à l’Activité, la fameuse T2A. Cette révision demandée unanimement est nécessaire et légitime pour être en phase avec la réalité des surcoûts locaux induits entre autre par la taille de notre territoire, la faiblesse des infrastructures, l’isolement, la précarité et la morbidité de la population prise en charge.

Que faut-il faire pour être entendus puisque mêmes les graves accidents récents qui y sont survenus ne semblent changer la donne.

Je rappelle que cinq grands bébés prématurés sont décédés des suites d’une infection nosocomiale en l’espace de deux mois, entre fin juillet et fin août 2016, dans le service de réanimation néonatale du Centre hospitalier de Cayenne. Un mois avant c’était un patient incendié dans sa chambre à l’EHPAD. L’hôpital de Cayenne a même été qualifié de mouroir après ces évènements tragiques.

Les hôpitaux de Guyane, madame la Secrétaire d’État, sont indignes d’un pays moderne

Pourtant les enjeux sont de taille puisque la Guyane est confrontée à la forte prévalence de maladies infectieuses et parasitaires (paludisme, tuberculose, VIH) et des maladies chroniques (obésité, diabète, hypertension artérielle, accidents vasculaires cérébraux).

Devons-nous faire appel à Médecins sans frontières pour intervenir afin de pallier les défaillances de notre système de santé ?

Madame la Secrétaire d’État, il serait bon que vous annonciez les mesures attendues avant les premières assises de la Santé en Guyane organisés par l’ARS qui se tiendront le 19 janvier prochain.

Je vous remercie de votre attention.

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