Insécurité en Guyane – Question orale – séance du 15 mars 2016

Voir la vidéo de l’intervention.

Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre,
Mes chers collègues,

En Guyane, la criminalité est désormais quotidienne et croissante dans toute ses formes : braquages, vols à main armée, violences en milieu scolaire, viols, trafics de stupéfiants, crimes … le taux de criminalité est très éloquent : en 2014, 90 pour 1000 habitants alors qu’il est de 56‰ en France métropolitaine, soit 34 points de plus !

On ne peut dire, Monsieur le Ministre, que le Gouvernement demeure insensible. Quelques moyens, certes, ont pu être alloués, déployés avec l’instauration de zones de sécurité prioritaires mais la situation n’évolue guère. Bien au contraire les chiffres de la criminalité progressent en 2015, avec une mention particulière pour les atteintes à l’intégrité physique (+8,43%) et les atteintes aux biens (+5,40%).

Face à cette spirale de la criminalité, les protestations se multiplient, se développent de partout, pas seulement de toute la société civile mais même aussi des syndicats de forces de l’ordre.

Tous revendiquent un véritable plan de sécurité Guyane.

A l’instar de la métropole, Monsieur le ministre, la sécurité doit être aussi en Guyane une priorité de votre gouvernement mais avec un traitement mieux adapté aux réalités guyanaises.

En effet, il doit inclure, non seulement, un renforcement de l’angle répressif avec des moyens supplémentaires :

  • en hommes
  • en matériels
  • un commissariat central aux normes, je pense à l’hôtel de police de Cayenne, en état reconnu de vétusté et de délabrement.
  • un commissariat dans les villes excédant 20 000 habitants. Je pense aux villes de Kourou, Matoury et Saint Laurent du Maroni (des revendications qui sont déjà portées depuis longtemps).

Mais ce traitement de l’insécurité doit aussi inclure les dimensions judiciaires, éducatives, économiques et socio-culturelles de la Guyane :

  • la perméabilité des frontières,
  • le chômage endémique accentué chez les jeunes,
  • le manque de logements avec pour corollaire la prolifération des « squats »,
  • la multiplication des bandes,

sont des caractéristiques hors normes qui concourent à placer la Guyane en « Secteur et Unité d’Encadrement Prioritaire (SUEP) ».

Ce dispositif, qui vise à classer une zone difficile en matière de sécurité publique aurait l’avantage d’une meilleure réactivité des personnels connaissant bien le terrain, mais également moins soumis au turnover constant.

Ce dispositif qui donne la possibilité de décider seul de l’affectation des moyens supplémentaires alloués à la zone concernée, permettrait de mieux prioriser certaines mesures liées aux moyens et aux effectifs. Il viendrait ainsi, renforcer celui des zones de sécurité prioritaires (ZSP). Superposés car compatibles, ces deux dispositifs serviraient dès lors mieux les intérêts de la Guyane dans la lutte contre cette criminalité rampante.

Monsieur le Ministre, la désespérance et le sentiment d’abandon est très fort au sein de la population guyanaise. Elle est exaspérée par cette insuffisance de réaction face à cette violence qui gangrène toute la société. Il est plus que grand temps de montrer que des mesures adéquates sont prises pour restaurer la sécurité en Guyane.

Monsieur le ministre, que comptez-vous faire pour y remédier ?

 

M. Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du Gouvernement

Veuillez excuser l’absence de M. Cazeneuve. La Guyane est confrontée à un important phénomène de délinquance qui appelle une action de longue durée. La jeunesse, qui y a malheureusement pour perspective l’échec et le chômage, est impliquée dans des actes de plus en plus violents : en 2015, les mineurs représentaient 20 % des personnes mises en cause ; sept ont été impliqués dans des tentatives d’homicide.

La création des zones de sécurité prioritaires a conduit à renforcer les moyens des forces de l’ordre : les 574 gendarmes départementaux sont renforcés par 465 gendarmes mobiles, 25 postes supplémentaires ont été créés et 12 officiers de police judiciaire détachés de métropole. Les effectifs de la police augmentent également, de 313 à 323 agents. La présence des agents sur la voie publique a été renforcée.

La prévention n’est pas oubliée : la brigade de prévention de la délinquance juvénile a été créée le 1er septembre 2012 à Kourou. Des interventions sont organisées dans les collèges et lycées pour prévenir les violences à l’école. Des mesures de réparation pénale sont prises, des réunions d’information avec les parents organisées. L’État renforce à la fois la présence des forces de sécurité et la prévention : c’est l’équilibre nécessaire pour faire reculer ce fléau de la délinquance.

 

Georges Patient

Je vous ai attentivement écouté monsieur le ministre et je sais que le gouvernement fait des efforts mais la situation est quand même très grave en Guyane. Pas plus tard que samedi dernier un commerçant a été agressé, a reçu deux balles, semant ainsi la panique dans le quartier et provoquant des réactions de colère légitime de la population. Il faut vraiment, Monsieur le Ministre, une attaque frontale contre cette insécurité rampante.

Je vous rappelle que la lutte contre l’insécurité faisait partie des 30 engagements du candidat François Hollande à l’égard des outre-mer. Il s’agit de l’engagement 25, que je ne peux m’empêcher de vous relire (« Je veux donner à la police et à la justice les moyens de protéger les Ultramarins en donnant des moyens supplémentaires pour la sécurité des quartiers les plus exposés à la violence. La lutte contre l’immigration clandestine sera également renforcée ») …

C’est une situation qui gangrène toute la société guyanaise, empêche un développement réel. Les guyanais qui ont voté en masse pour ce changement. Ils attendent des résultats concrets. Je vous demande de les entendre et d’agir en conséquence.

 

Je vous remercie

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