Discours de Georges Patient pour la visite du Président de la République à Mana – 14 décembre 2013

Monsieur le Président de la République,

Vous nous faites aujourd’hui le grand honneur de votre présence et je crois pouvoir me faire le porte-parole de tous les habitants de l’Ouest guyanais, des élus ici présents, en vous exprimant notre immense fierté de vous avoir avec nous.

Une fierté pour moi et un honneur tout particulier pour les mananais car si dans le passé, nous avions déjà eu l’occasion de recevoir d’illustres personnalités, tels les présidents du Sénat, Gérard Larcher (2010) et son successeur Jean-Pierre Bel (2012), c’est la première fois que nous accueillons un Président de la République et je vous en sais gré. En remontant plus loin, certains anciens se souviennent peut-être encore de la visite d’un certain François Mitterrand. C’était en 1975. Il était alors premier secrétaire du parti socialiste, sur ce chemin qu’à votre tour vous avez emprunté avec succès.

Vous l’aurez compris, c’est un grand jour pour nous tous de vous accueillir ici à Mana.

Vous êtes venu à la rencontre de la population de l’Ouest, comme vous vous y étiez engagé en janvier 2012, à Cayenne. Cette population a répondu massivement. Elle est venue à pied, en voiture, en bus voire en pirogue de toutes les communes de ce territoire si singulier de la Guyane. Une réelle mosaïque de peuples que vous pouvez d’ailleurs observer devant vous. Créoles, Amérindiens, bushinengue, Hmong, Métropolitains et une très forte population étrangère, tous ici, réunis de manière harmonieuse, devant vous.

S’ils souffrent des mêmes problèmes que les autres habitants de Guyane  que vous avez eu l’occasion de rencontrer hier et ce matin :

  • Insécurité,
  • Un retard qui s’accentue en matière d’équipements en raison d’une forte croissance de la population difficile à accompagner financièrement pour les collectivités locales,
  • Isolement par rapport à la Métropole,
  • Problèmes socio-économiques,

La différence notable est qu’ici tout y est décuplé !

D’abord sa superficie qui est immense : 50 000 km² soit 2/3 de la Guyane, l’équivalent du 10ème de la France métropolitaine. Ma seule commune de Mana qui couvre 6300 km² (soit près de 10% de plus qu’un département qui vous est cher, la Corrèze) peut contenir à elle seule la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion, Mayotte !!! Et ce n’est pas la plus grande car dans cet Ouest guyanais, vous avez Maripasoula, la commune la plus grande de France avec 18 000 km².

Une grande superficie, oui, mais une faible densité me direz-vous ! Effectivement, l’Ouest de la Guyane, ce n’est que 70 000 habitants mais avec une croissance démographique explosive. Avec un taux de 7 à 8% par an, la ville de Saint-Laurent sera plus peuplée que Cayenne en 2020. Réalité aggravante en termes d’aménagement du territoire, cette population de l’Ouest y vit de façon éclatée, écartelée entre tradition et modernité. Les modes de vie sont divers, l’habitat y est diffus, les populations dispersées. A titre d’exemple, Mana, compte deux pôles d’urbanisation mais en plus de cela et en dehors de toutes règles et tous zonages du Plan Local d’Urbanisme, on trouve de nombreux écarts allant de la maison isolée au véritable petit village de plusieurs dizaines de maisons, qu’il faut équiper.

Car l’Ouest, ce sont encore des besoins primaires toujours non satisfaits :

  • 37% des habitations sont sans électricité,
  • 30 % sont sans eau et électricité.

L’Ouest c’est aussi une jeunesse très importante, 60% de la population a en effet moins de 20 ans. Une jeunesse, sans perspectives, conséquence du faible niveau de formation, de l’enclavement géographique et économique.

Inutile de le rappeler, dans l’Ouest les taux de chômage y sont les plus élevés de Guyane.

Vous le constatez, Monsieur le Président, l’Ouest connaît un retard de développement conséquent qui mérite qu’on y remédie. Vous avez annoncé hier soir et encore ce matin, un « Pacte d’avenir pour la Guyane avec les guyanais et pour les guyanais ». J’y abonde, tout en insistant sur ces deux derniers éléments, à savoir avec les guyanais et pour les guyanais. Il faudrait néanmoins que dans ce Pacte il y ait un volet spécifique pour l’Ouest Guyanais.

Il y a quelques années à l’initiative de Marc Vizy, votre conseiller spécial à l’Outre-mer qui à l’époque était sous-préfet de Saint-Laurent, un Plan Maroni avait été mis en place. Il abordait de nombreux points, hélas, toujours d’actualité: l’eau potable, l’électrification, l’assainissement, la gestion des déchets, le désenclavement, etc

Je pense qu’on pourrait s’en inspirer en y ajoutant un fort volet économique, condition indispensable au développement du territoire.

Le Surinam, notre voisin immédiat, produit en grande quantité des denrées agricoles (céréales, sucre, viande, etc..), des denrées issues de la pêche, du bois, des minerais (or, bauxite, pétrole). Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas accepter que nos voisins avec les mêmes ressources s’en sortent mieux que nous, dans ces domaines.

Nous avons tout pour réussir, vous l’avez certes dit ce matin à la Mairie de Cayenne, Monsieur le Président, mais pour y accéder, nous ne devons pas être bridés par des règlements inadaptés ou par l’impossibilité de trouver des financements.

Monsieur le Président, nous savons qu’il faudra du temps pour parvenir à ce véritable développement basé sur nos ressources locales mais dès maintenant nous attendons que du sommet de l’Etat, un mouvement irréversible soit enclenché pour faire sauter les verrous, renverser les immobilismes, les freins au développement quitte à adapter certaines règles aux réalités guyanaises.

Monsieur le Président, connaissant bien votre détermination à œuvrer pour nos outre-mer, bien conseillé en cela par notre Ministre des Outre-mer, Monsieur Victorin Lurel, notre Garde des Sceaux, Madame Christiane Taubira, Monsieur le Président, qui mieux que vous, pourrait donner cet élan.

Je vous remercie.

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