Désertification Médicale

DÉBAT SUR LA DESERTIFICATION MEDICALE
Intervention du sénateur Georges PATIENT
Sénat le 13 janvier 2011

Monsieur le Président,
Madame la Ministre,
Mes chers Collègues,

Ce débat tombe à point nommé puisqu’il me permet d’aborder le problème criant du secteur de la santé dans mon département, la Guyane. Il est ici question de désertification médicale…. En Guyane, malheureusement, nous avons dépassé ce stade. Nous ne sommes pas dans un processus de déficit, de pénurie ou d’exode de médecins tout simplement parce que nous sommes déjà un désert médical.

Le diagnostic est sévère, implacable, alarmant. D’autant plus que le département est confronté à une croissance démographique exceptionnelle avec un taux de 3,9%, le plus important de France, l’un des plus importants au monde et qu’il détient des indicateurs de santé parmi les plus mauvais de France.

En effet, la Guyane dispose d’une espérance de vie inférieure de quatre ans à celle de la métropole (79 ans pour les femmes, 72 ans pour les hommes), d’un taux de mortalité infantile de 10,5 pour 1000 naissances au lieu de 4 dans le reste de la France. Des pathologies qui ont des prévalences plus élevées que dans le reste de la France : diabète, hypertension artérielle sans oublier le VIH. Un taux important de maladies entériques surtout dans les communes de l’intérieur de la Guyane telles que typhoïdes, gastro-entérites, diarrhées infectieuses entraînant des retards de développement et scolaires chez les enfants.

Une situation sanitaire plus que dégradée qui nécessiterait une couverture sanitaire adaptée à des besoins croissants.
Et pourtant, en matière de démographie médicale force est de remarquer que la Guyane souffre toujours d’un déséquilibre important par rapport à la Métropole. Le département est entièrement classé zone déficitaire en médecins libéraux, la directrice de la caisse générale de sécurité sociale de Guyane, gestionnaire de l’assurance maladie, n’hésitant pas à déclarer qu’il y a trois fois moins de médecins dans ce département que ce dont il a besoin.

La densité moyenne en médecins généralistes, médecins spécialistes, infirmiers, masseurs kinésithérapeutes et dentistes est plus qu’alarmante.
On compte pour 100 000 habitants (données 2009):
– 38 médecins généralistes en Guyane contre 112 en France métropolitaine ; respectivement 83 et 82 en Martinique et en Guadeloupe ;
– 22 médecins spécialistes contre 88 en France métropolitaine ; respectivement 48 et 60 en Martinique et en Guadeloupe ;
– 38 chirurgiens dentistes contre 62 en France métropolitaine ;
Encore faut-il préciser que les médecins généralistes et spécialistes ont, pour 30% d’entre eux, entre 55 et 70 ans et qu’ils sont concentrés sur l’île de Cayenne et Kourou. Beaucoup de communes, ayant déjà une densité inférieure à trois médecins généralistes par tranche de 5 000 habitants, se retrouvent ainsi très éloignées d’un service d’urgence.

La sonnette d’alarme a été maintes fois actionnée!
Les réflexions, propositions, orientations et solutions ne manquent pas. Elles ont largement été développées dans des rapports, avis et différents plans. Qu’elles soient locales, nationales (Rapport de Mme Hubert remis le 23 novembre au Président de la République) elles avancent les mêmes mesures.

– La Guyane doit être dotée d’une véritable politique volontariste d’incitation à l’installation de médecins libéraux : Certes il y a eu des avancées, je pense au tarif de la consultation. Je pense aussi à l’installation de médecins étrangers, exception guyanaise en France.
Mais il est des demandes locales, telles que la zone franche médicale et la réduction de l’octroi de mer pour le matériel professionnel et technique afin de faciliter l’investissement des spécialistes, qui sont restées lettres mortes.

– L’accent doit être également mis sur la continuité territoriale qui est à renforcer : Dans un territoire aussi grand que le Portugal avec de très fortes disparités territoriales et une fracture entre la bande littorale assez bien équipée et l’intérieur enclavé, c’est un point essentiel.
L’absence d’avion sanitaire dédié ou d’hélicoptère pour la sécurité civile, autant que l’isolement de certaines populations, pose un problème majeur en matière d’égalité d’accès aux soins. Certaines communes sont particulièrement démunies en infrastructures. Les délais d’intervention sont extrêmement longs. Les systèmes de communication en cas d’alerte restent insuffisants. Je rappelle que « le dispositif d’aide aux transports aériens et la définition des critères d’octroi » constitue l’un des objectifs du Plan Santé Outre Mer et qu’à ce jour, aucune initiative n’a été communiquée alors que c’est un élément crucial au titre de la continuité territoriale afin de réduire les charges importantes de transports des établissements.

– D’autre part, de réels moyens financiers doivent être garantis pour améliorer la couverture sanitaire en équipements technologiques de pointe. Il est navrant de constater que dans le Plan Hôpital 2012, seuls 2,2% de l’enveloppe globale sont consacrés aux outre-mer.

– Autre mesure d’importance et essentielle, le renforcement de la formation et son adaptation aux spécificités du département. A ce sujet, la demande d’augmentation du numerus clausus par les outre-mer n’a été que partiellement entendue puisque pour la rentrée universitaire 2010/2011, seulement 3 places de plus ont été prévues pour l’université des Antilles Guyane. Quant à la faculté de médecine des Antilles–Guyane (créée en 1988) elle ne dispose à l’heure actuelle que de 23 personnels hospitalo-universitaires. Sans une accélération du nombre de création de postes, cette faculté parviendra au niveau du CHU de Limoges que dans 60 ans. Pourtant celui-ci est le moins pourvu de France après le CHU des Antilles–Guyane !

Pour l’heure, nous sommes donc très loin des promesses du Conseil Interministériel de l’Outre Mer (CIOM) du 6 novembre 2008 qui prévoyait la création d’un cursus complet des études médicales aux Antilles-Guyane et souhaitait notamment pour la Guyane faire de la santé une activité de pointe.

Une fois de plus, de très bonnes intentions mais qui sont encore loin de la réalité.

L’égalité devant les soins ne serait-ce qu’un vœu pieu au sein de la République Française ?

Pas de commentaire

Soyez le premier à laisser un commentaire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *