Colloque « Quelles déclinaisons de l’Agence Française de la Biodiversité dans les Outre-mer » – Intervention de Georges PATIENT – Mercredi 11 février 2015

Table ronde « Quelles missions pour les antennes de l’Agence dans les outre-mer »

 

Mesdames, Messieurs,

Chers collègues,

 

Premier constat : La biodiversité guyanaise est d’une richesse exceptionnelle. Elle est l’une des plus importantes du monde.

Deuxième constat : elle est encore mal connue (15 % seulement du territoire a été exploré par les scientifiques) et elle n’est pas valorisée faute de moyens suffisants. L’ONF n’a que 82 agents pour gérer cette immense forêt de 5,3 millions d’hectares alors qu’il dispose de 89 agents pour gérer 16 000 ha en Guadeloupe, 200 agents pour 100 000 ha à La Réunion ; les organismes qui doivent constituer l’Agence française de la biodiversité ont peu ou pas d’effectifs en Guyane. L’ONEMA (Office national de l’eau et des milieux aquatiques) ne dispose seulement que de 2 agents chargés de missions de police, l’agence des aires marines n’est pas présente physiquement en Guyane, de même que l’Atelier technique des espaces naturels (ATEN), les Parcs Nationaux de France (PNF), idem pour les organismes travaillant sur la biodiversité marine. Leurs effectifs sont très faibles et leurs capacités techniques (navires spécialisées et laboratoires) sont complètement insuffisantes.

Entre ces deux constats, il existe une contradiction manifeste. D’un côté une biodiversité exceptionnelle, d’une grande richesse. De l’autre, un manque d’intérêt de l’acteur décisionnel l’Etat, en fait une mise sous cloche sous une forme qui s’apparente à une mainmise coloniale. En effet, en dépit de la décolonisation, des lois de départementalisation, l’Etat demeure toujours propriétaire de 90 % du foncier de ce territoire et peine à le transférer aux acteurs locaux. Il le gère de façon unilatérale, ce qui explique que la population locale, écartée de cette gouvernance la conteste de manière permanente : occupations illégales, rejet du parc amazonien, non respect des espaces protégés, orpaillage illégal et pêche illégale.

Cette problématique est une contrainte très forte pour un développement durable endogène, les populations locales devant toujours être les premiers acteurs du développement de leur territoire. Cette revendication que portent depuis très longtemps les élus locaux s’inscrit dans une volonté de ré-appropriation des enjeux liés à l’environnement de la Guyane. Elle a fini par aboutir à la création de l’Office de la biodiversité amazonienne de Guyane (OBAG). Construit en étroite collaboration entre l’Etat et les collectivités, sa gouvernance équilibrée avec les Conseil Régional et Général et l’Etat, lui assure une réelle légitimité. Ses missions articulées autour de grands axes :

  • la connaissance (améliorer le niveau de connaissance par un développement de la recherche),
  • la gestion (consultation des habitants, fédérer le réseau des acteurs concernés),
  • la protection,
  • la valorisation,
  • la communication (renforcement de l’éducation à l’environnement),

répondent aux besoins exprimés par les acteurs locaux.

D’autre part, des éléments très forts (continentalité, immensité, diversité des populations, écosystèmes amazoniens…) singularisent la Guyane par rapport aux territoires ultramarins du bassin Atlantique. Ils imposent la création d’un organisme local en cohérence avec le choix fait dans le cadre de BEST III de profils écosystémiques par grands « hubs » où la Guyane est bien identifiée en tant qu’unité distincte des autres DOM insulaires américains.

C’est la raison pour laquelle, l’OBAG, qui a déjà le mérite d’exister sous une forme associative, doit voir son statut consolider afin d’être l’antenne locale de l’Agence française de la biodiversité. Il est aussi indispensable que le Président de l’antenne locale (OBAG), un élu local, siège au conseil d’administration de l’Agence française de la biodiversité en tant que membre titulaire et que soit défini le lien entre elle et sa déclinaison locale si l’on veut que les enjeux liés à l’exceptionnelle biodiversité de la Guyane soient traités à leur juste valeur.

 

Je vous remercie

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