Cérémonie officielle nationale de la journée de commémoration des mémoires de l’esclavage et de ses abolitions – Chamblanc, mardi 10 mai 2016

Mesdames, Messieurs,
Chers collègues,

 

Je suis, ici, avec émotion et respect, dans ce lieu devenu haut lieu de mémoire autour d’Anne-Marie JAVOUHEY, avec toute une délégation de mananais. Nous sommes une vingtaine, mais nous aurions pu être plus nombreux tant les contacts sont devenus chaleureux depuis nos premières rencontres. En témoigne votre venue à Mana en 2014, habitants de Chamblanc, Jallanges, Seurre….

Nous Mananais, ici présents, sommes pour la plupart d’entre nous descendants d’esclaves africains, transplantés de force d’Afrique vers les Amériques ; parmi nous figurant des descendants directs de ces « libérés engagés » affranchis de leur engagement à partir de 1838 par Anne-Marie Javouhey et qu’à votre tour vous avez voulu honorer en leur offrant un arbre dans cette belle forêt en 2011 et aujourd’hui un mémorial avec leur nom porté dessus. Certes, ces « libérés engagés n’étaient plus des esclaves en droit en 1838 », car saisis de traite, ils devaient être libérés (la traite étant interdite, pas l’esclavage), mais ils devaient malgré, cette libération formelle, un engagement de 7 ans au gouverneur. Ce sont 500 de ces noirs qui seront mis à disposition d’Anne-Marie Javouhey à partir de 1836 pour développer la colonie de Mana, avec pour objectif principal de démontrer que les noirs, en situation de liberté, pouvaient continuer à produire les denrées coloniales, produits qui étaient devenus indispensables à la Métropole.

Cette mission confiée à Anne-Marie Javouhey était de la première importance. L’expérience de Mana ne concernait pas que Mana et ces 500 noirs. Si tout se déroulait à Mana, Anne-Marie Javouhey, était en « mission commandée ». De la réussite de Mana, dépendrait aussi, le sort de la totalité des  250 000 noirs subissant encore l’esclavage dans les colonies françaises.

En notre qualité de descendants d’esclaves, de libérés engagés de Mana, nous sommes ici pour témoigner de notre reconnaissance, de notre gratitude à Anne-Marie Javouhey.

Nous sommes les «Ti Moun Ma Chè Mè», ceux sur lesquels elle voulait surtout mettre l’accent pour perpétuer « son œuvre », ceux des générations d’après mais formés à partir de l’éducation qu’elle s’est efforcée de donner à nos ancêtres…

A titre personnel, moi-même, je suis très fier de savoir que mon ancêtre africain côté paternel, arrivé en Guyane en 1827, en tant que saisi de traite, mis à disposition d’Anne-Marie Javouhey en 1836, figure parmi les affranchis de 1838 et surtout qu’il fut un bon élève d’Anne-Marie Javouhey. Je suis également très fier de savoir que bon nombre de mes ancêtres, dans la lignée du premier Jean-Baptiste, ont vécu avec pour guide les principes et les valeurs d’Anne-Marie Javouhey : éducation, formation, discipline, travail. Moi-même, je suis comme on le dit chez nous, un enfant d’Anne-Marie Javouhey, pour avoir fréquenté durant mes premières années l’école d’Anne-Marie Javouhey, pour avoir été Président de l’équipe de football de la commune qui porte son nom, pour être maire de la commune qu’elle a fondée, pour essayer de réhabiliter le village de l’Acarouany….

Nous sommes ici, pour témoigner de l’œuvre remarquable qu’elle a accomplie à Mana et dont l’impact a été sans conteste, positif pour les 250 000 esclaves des plantations coloniales françaises.

Mais nous sommes là aussi, pour vous montrer la vivacité de cette œuvre. Anne-Marie Javouhey est toujours avec nous, par les sœurs de la congrégation qui ne nous ont jamais quittées. Présente, elle continue à nous guider et le rapprochement entre nous, les liens étroits qui s’instaurent entre nous, habitants de Chamblanc, Jallanges, Seurre et mananais, n’est pas anodin. Si nous nous retrouvons aussi aisément, en dépit de la distance qui nous sépare, c’est que nous avons des fondamentaux communs : Anne-Marie Javouhey a éduqué nos ancêtres à la bouguignonne, éducation qu’ils nous ont transmis…

Nous avons en nous une part de bourguignon.

Messieurs les Maires de Chamblanc, Jallanges, Seurre, je voudrais une fois de plus, vous remercier de nous avoir invités à participer à cette manifestation mémorielle. Puisse cet hommage laïc rendu à Anne- Marie Javouhey, influer sur la papauté dans sa décision que nous attendons tous, celle de sa canonisation.

Je vous remercie

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