Aggravation de la criminalité en Guyane – Question orale au gouvernement – Séance du 17 janvier 2012

Monsieur le Président,
Madame la Ministre,
Mes chers collègues,

Depuis quelques années la Guyane vit dans un climat d’insécurité sans cesse grandissant. Pas un jour sans qu’il y ait un cambriolage, un braquage, un crime.
Fort logiquement, une véritable psychose s’est instaurée au sein de la population qui ne se sent plus en sécurité nulle part. Un fait nouveau car cette forte criminalité s’est généralisée et touche tous les foyers et sur tout le territoire. Des communes qui hier encore étaient connues comme des havres de paix ne sont plus épargnées…
Autre fait nouveau, la récente série de faits très violents, crapuleux nous indique que l’orpaillage clandestin n’est plus la principale source d’insécurité et de criminalité en Guyane.

Face à cette spirale déferlante de crimes et d’agressions violentes qui ne cesse de croitre, la population, en plein désarroi manifeste de plus en plus sa colère se sentant délaissée par les pouvoirs publics, oui Madame la Ministre et la tentation de se faire justice est de plus en plus prégnante chez mes compatriotes.

Loin de moi l’idée de critiquer le travail, ô combien difficile et louable des forces de l’ordre dans ce département mais force est de constater que la réponse n’est pas satisfaisante. Il y a un manque réel de moyens à pallier mais aussi une politique de sécurité qui gagnerait à être plus adaptée à la réalité locale. Par exemple, la demande de la ville de Saint Laurent du Maroni de disposer d’un service de police nationale sur son territoire en sus de celui de la gendarmerie n’a toujours pas abouti malgré une situation spécifique qui la légitime pleinement (démographie exponentielle, très forte criminalité). La ville de Saint Laurent du Maroni a vu sa population augmenter de 6000 à 40 000 habitants en moins de quinze ans.

Madame la ministre, écoutez nous et répondez à nos sollicitations car c’est nous qui vivons dans cette ambiance de crainte permanente! Madame la Ministre, qu’attend votre gouvernement pour prendre les mesures qui s’imposent, mesures déjà promises pour que la Guyane ne devienne pas définitivement une zone de non-droit?

 

Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.

Mme Marie-Luce Penchard, ministre auprès du ministre de l’intérieur, de l’outre-mer, des collectivités territoriales et de l’immigration, chargée de l’outre-mer.
Monsieur le sénateur, vous avez appelé l’attention du ministre de l’intérieur, de l’outre-mer, des collectivités territoriales et de l’immigration sur la lutte contre l’insécurité en Guyane. En l’absence de Claude Guéant, et en ma qualité de ministre chargé de l’outre-mer, je vais vous apporter des réponses, d’autant que je connais bien le sujet que vous évoquez ce matin.

Claude Guéant et moi-même avons eu l’occasion de le dire, la situation en Guyane n’est pas satisfaisante et nécessite un suivi attentif, en raison des problématiques spécifiques, souvent imbriquées, de l’orpaillage clandestin, de l’immigration clandestine et de la délinquance. Mais la Guyane n’est pas et ne sera jamais une zone de non-droit, monsieur le sénateur ! L’État se mobilise pour cela, et j’en profite pour saluer plus particulièrement l’action des forces de sécurité en Guyane qui s’engagent quotidiennement contre la délinquance, dans des conditions parfois particulièrement difficiles.

Cette mobilisation de l’État se traduit concrètement, en termes de moyens et d’effectifs, par la présence, outre les forces de police et de gendarmerie de Guyane, d’un renfort permanent de six escadrons de gendarmerie mobile et d’un peloton d’intervention de la garde républicaine. Je n’oublie pas non plus les 650 militaires des armées engagés dans l’opération Harpie.

Il est vrai, monsieur le sénateur, que des actes criminels particulièrement choquants ont affecté la Guyane au cours des derniers mois. Ils suscitent d’autant plus d’émotion qu’ils touchent quelques personnes de grand mérite, notamment M. Paulin Clet, dont le meurtre a particulièrement ému la population de Guyane. Il faut également souligner que leurs auteurs ont été identifiés et, pour la plupart, interpellés.

Si l’on examine de plus près les données de la criminalité et de la délinquance, qui n’ôtent rien naturellement au sentiment de colère des habitants devant ces drames, on constate qu’elles sont, pour certains indicateurs, encourageantes, et le taux annuel de criminalité globale du département – environ 118 infractions pour 1 000 habitants – mérite d’être évalué au regard des nombreuses infractions à la législation sur le séjour des étrangers. Le taux de délinquance réel est proche de celui observé dans les départements métropolitains comparables, ou de celui de la Martinique et de la Guadeloupe, par exemple.

Concernant la délinquance, pour l’ensemble du département, si les atteintes aux biens progressent de 6,43 %, en revanche, les atteintes volontaires à l’intégrité physique des personnes et les escroqueries et infractions économiques et financières diminuent : on enregistre ainsi des baisses de 2,84 % et de 5,84 %, respectivement.

Dans un contexte local caractérisé par une forte croissance démographique, une situation économique et sociale difficile, les forces de sécurité intérieure, dont les effectifs ont doublé en dix ans, adaptent en permanence leur action face aux évolutions de la délinquance et aux modes opératoires des orpailleurs clandestins, vous le savez.

Je peux vous affirmer que l’ensemble des acteurs de la sécurité travaillent à améliorer la sécurité des Guyanais. J’associe en outre volontiers les collectivités territoriales à ces efforts, dans le cadre de partenariats récemment noués ou entretenus depuis déjà fort longtemps.

En tout état de cause, le Gouvernement est extrêmement attentif à l’évolution de la situation sécuritaire en Guyane et veille à la mobilisation totale des services de l’État au profit des Guyanais.

 

Mme la présidente. La parole est à M. Georges Patient.

Je vous remercie Madame la Ministre pour les précisions que vous m’avez apportées.

Il y a certes les chiffres avancés par la vos services qui montrent qu’il y a eu une augmentation de près de 20% depuis 2004 des forces de police et de gendarmerie, qu’il y a eu en 2011 et c’est vrai, une baisse très significative des atteintes aux personnes, et particulièrement des agressions crapuleuses pour lesquelles la baisse atteint 16,45% par rapport à la même période en 2010.

Certes, je ne les contesterai pas. Néanmoins il convient de les relativiser et surtout de bien les interpréter. Tout dépend du niveau ou l’on se situe et du niveau de comparaison. La Guyane malgré cette baisse significative détient le record de France de la plus forte hausse de la délinquance avec une augmentation de 17,7% des atteintes aux biens et de 6% des atteintes physiques. Et ça ce sont les chiffres relevés dans le tout récent rapport annuel  de l’observatoire national de la délinquance de 2011 et c’est très parlant.

La réalité c’est aussi et surtout l’appel unanime de toute la population guyanaise pour une plus grande sécurité.

Madame la Ministre, vous vous rendez en Guyane en compagnie du chef de l’Etat à la fin de cette semaine. Je suis certain que vous ne manquerez pas d’être interpellés sur ce sujet.

Je vous remercie

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